ExplicationsQu’est-ce qu’une année-lumière ? Les distances cosmiques expliquées
C’est l’un des termes les plus mal compris en astronomie : une année-lumière n’est pas une unité de temps, mais de distance. Son nom prête à confusion…
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Combien de temps faut-il pour aller sur Mars ? La réponse honnête est délicieusement frustrante : cela dépend. Pas seulement de la distance entre Mars et la Terre, mais aussi de quand vous partez, de comment vous voyagez et de quelle quantité d’énergie vous pouvez vous permettre de dépenser pour y parvenir.
C’est pourquoi il n’existe pas de durée unique et universelle pour un voyage vers Mars. Les missions robotiques ont généralement mis entre six et neuf mois, la NASA indiquant que la phase de croisière interplanétaire dure environ 200 jours pour de nombreuses missions. Un bon exemple concret est le rover Perseverance de la NASA, lancé le 30 juillet 2020 et posé dans le cratère Jezero le 18 février 2021 après un trajet de sept mois. Le rover Curiosity de la NASA a mis plus longtemps, environ 8,5 mois, preuve que même des missions vers la même planète ne suivent pas toutes la même horloge.
La raison est simple en théorie et diabolique en pratique. La Terre et Mars se déplacent toutes deux autour du Soleil : les sondes ne vont donc pas tout droit vers l’endroit où se trouve Mars au moment du lancement. Elles doivent viser l’endroit où Mars sera au moment de l’arrivée. C’est un peu comme lancer une fléchette sur une cible en mouvement depuis un véhicule lui aussi en mouvement. Ou, plus concrètement, comme essayer de monter dans un train en courant vers le point où il arrivera à quai, et non vers l’endroit où il se trouve à l’instant.
La distance entre la Terre et Mars varie fortement, car ces deux mondes suivent chacun leur propre orbite. En théorie, ils peuvent s’approcher jusqu’à 54,6 millions de kilomètres, tandis qu’à leur éloignement maximal, ils peuvent être séparés d’environ 401 millions de kilomètres. La distance moyenne est d’environ 225 millions de kilomètres. Pourtant, aussi frappants soient-ils, ces chiffres ne racontent pas toute l’histoire. La durée du voyage dépend au moins autant de la trajectoire et du budget de carburant que de la distance brute.
Les planificateurs de mission attendent des fenêtres de lancement où la Terre et Mars sont alignées de manière favorable. D’après la NASA et le cadre d’analyse de mission de l’Agence spatiale européenne décrit dans les sources, ces opportunités reviennent environ tous les 25 à 26 mois. Partir au bon moment demande moins d’énergie ; rater la fenêtre, et l’itinéraire devient bien plus coûteux en ergols.

La référence classique est le transfert de Hohmann, une trajectoire économe en énergie qui place le vaisseau sur une longue demi-ellipse autour du Soleil, au départ près de l’orbite terrestre, et qui rejoint Mars à proximité de la sienne. En termes simples, c’est l’équivalent cosmique de prendre la bretelle d’autoroute la plus douce plutôt que d’écraser l’accélérateur en coupant à travers champs. Cela situe généralement le temps de trajet vers Mars dans une large fourchette de six à neuf mois, même si certains transferts s’étirent vers 7 à 11 mois lorsque l’on privilégie des options à plus faible énergie.
| Facteur du trajet vers Mars | Chiffre issu des sources | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Distance théorique minimale Terre-Mars | 54.6 million km | Montre à quel point les planètes peuvent se rapprocher, mais ce n’est pas une trajectoire typique de mission |
| Distance moyenne Terre-Mars | 225 million km | Donne un ordre de grandeur utile, même si les trajectoires réelles suivent une courbe autour du Soleil |
| Éloignement maximal | 401 million km | Explique pourquoi Mars n’est pas accessible aussi facilement à tout moment |
| Cycle des fenêtres de lancement | About 26 months | Les meilleures opportunités pour des transferts économes en énergie |
| Phase de croisière typique | About 200 days | Un repère pratique pour de nombreuses missions robotiques |
Aller plus vite est possible, mais la vitesse a un prix. Comme l’expliquait l’analyste de mission de l’ESA Michael Khan dans les sources, le voyage interplanétaire revient, au fond, à gérer l’énergie. En poussant plus fort au départ, on peut raccourcir la croisière. Mais si votre engin doit se placer en orbite martienne ou s’y poser, il ne peut pas simplement filer à toute allure en rasant la planète. Il doit arriver avec une vitesse suffisamment faible pour être capturé en orbite ou descendre dans l’atmosphère de façon contrôlée.
C’est pourquoi les missions de survol peuvent être plus rapides, tandis que les orbiteurs et les atterrisseurs sont souvent plus lents. Il leur faut freiner. Pour les orbiteurs, cela signifie des ergols pour l’insertion en orbite martienne. Pour certaines missions, cela implique aussi de l’aérofreinage, qui consiste à utiliser les hautes couches de l’atmosphère martienne comme frein aérodynamique afin de réduire progressivement la vitesse et de resserrer et remodeler l’orbite. C’est une astuce élégante : moins comme un freinage brutal que comme un effleurement de l’air pour dissiper la vitesse au fil du temps.
Pour les atterrisseurs et les rovers, le défi final est encore plus spectaculaire. La NASA décrit l’entrée, la descente et l’atterrissage (EDL) comme la phase la plus courte et la plus intense d’une mission de rover. Dans le cas de Perseverance, l’engin est passé d’une entrée fulgurante dans l’atmosphère martienne à une immobilité totale à la surface en environ sept minutes. À quoi bon une croisière rapide si l’on arrive trop chaud et trop vite pour survivre ?
Pour des astronautes, ces compromis deviennent bien plus graves qu’un simple casse-tête de conception de mission. Un trajet plus lent peut économiser du carburant, mais il signifie aussi davantage de temps exposé aux radiations et davantage de mois à vivre en microgravité. C’est l’une des raisons pour lesquelles les planificateurs de missions martiennes cherchent autant à réduire la durée du voyage, sans rendre l’arrivée impossiblement brutale.

Certains progrès font déjà partie de la boîte à outils. L’aérofreinage aide les orbiteurs à réduire les besoins en ergols après l’arrivée, et des systèmes de propulsion de plus en plus performants pourraient raccourcir les temps de croisière. Les sources évoquent des options futures comme la propulsion électrique et des concepts plus ambitieux tels que la propulsion nucléaire thermique pour retrancher plusieurs mois aux voyages habités vers Mars.
D’autres idées, bien plus radicales, se profilent à l’horizon. Les sources de Space.com notent que des concepts de propulsion par photons ont été proposés et pourraient, en théorie, envoyer de petites sondes robotiques vers Mars en seulement quelques jours. On en est encore très loin sur le plan opérationnel, mais cela montre à quel point les temps de trajet pourraient changer si la technologie de propulsion faisait un bond en avant.
Pour l’instant, la réponse la plus réaliste reste solidement ancrée dans la mécanique orbitale. Rejoindre Mars consiste moins à foncer droit sur la Planète rouge qu’à s’insérer dans une danse céleste soigneusement synchronisée. Avec les méthodes actuelles, une mission bien planifiée demande généralement l’essentiel d’une année. À l’avenir, ce délai pourrait diminuer. Mais même alors, Mars exigera toujours ce qu’elle a toujours exigé : de la patience, de la précision et du respect pour la physique du Système solaire.